Féminisme

5 romans autour du racisme et du féminisme

10/06/2020
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Après mon laïus sur les mots, je me suis tournée vers la thématique du racisme car ma pile à lire était constituée de nombreux ouvrages sur le sujet que j’ai pris plaisir à découvrir : ma sélection vous laissera donc un choix assez riche parmi les romans ayant trait à l’histoire des communautés noires ainsi qu’au traitement qui leur est encore réservé de nos jours. Ces ouvrages sont également profondément féministes puisqu’ils traitent de l’histoire de femmes noires. Autant vous dire que j’ai plus d’une fois vu rouge au cours de mes lectures, autant par la violence subie par les communautés noires que le traitement réservé aux femmes quelles qu’elles soient.

C’est un sujet qui m’importe beaucoup car en tant que jeune femme blanche, je suis loin d’imaginer tous les privilèges qui me sont accordés et je trouve qu’il est de mon devoir d’en prendre conscience. Je ne me sens pas légitime de me dresser en défenderesse des droits des personnes de couleur mais je trouve ça utile, voir primordial, de s’éduquer sur le problème car il est très facile d’être raciste sans s’en rendre compte. Se mettre dans les chaussures des autres, ne serait-ce que par la lecture, c’est déjà un bon moyen de faire avancer la société.

Voici donc mon avis sur 5 romans qui parlent de racisme et de féminisme.

Romans-racisme-féminisme-Invention des ailes

Sue Mond Kidd – L’invention des ailes

Résumé :

1803, Caroline du Sud. Fille d’une riche famille de Charleston, Sarah Grimké aspire dès le plus jeune âge à accomplir de grandes choses. Lorsque, pour ses onze ans, sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre ce système inhumain. Entre les fillettes naît alors une véritable amitié, qui grandit au fil des années. Guidée par ses idéaux mais surtout par son affection pour Handful, Sarah n’abandonnera jamais l’espoir d’affranchir son amie. Superbe ode à la liberté et au courage, L’Invention des ailes dépeint les destins entrecroisés de deux personnages inoubliables, à la force de caractère incroyable, unis par le même profond désir d’indépendance.

Ce que j’en ai pensé :

Cet ouvrage était dans ma liste Goodread depuis pas mal de temps car j’avais lu plusieurs commentaires positifs sur ce roman et j’étais curieuse de la découvrir (l’image de couverture a également attisé ma curiosité).

L’histoire de ces 2 femmes nées de chaque côté du rideau et de leur amitié qui évolue au fil de l’eau et du temps est une façon intéressante d’appréhender comment fonctionnait l’esclavage ainsi que toutes les douleurs et maladresses qui en découlent. J’ai beaucoup de mal à comprendre comment un être humain peut considérer un autre être humain de façon si inhumaine et violente sous couvert de différences notables dans la couleur de peau ou les rites culturels. Je repense malgré tout aux expériences de Milgram et me dit que le conditionnement joue bien son rôle encore aujourd’hui. Lire ce type de romans, c’est prendre quelques claques quand on fait partie de ceux qui ne rencontrent pas ces difficultés au quotidien. C’est aussi comprendre la colère des descendants de ces peuples ayant vécu sous esclavage, avec tout l’historique de souffrance, d’injustice et d’avilissement qui va avec.

Ce roman soulève aussi de façon radicale la considération des femmes, qu’elles soient noires ou blanches. De petite fille sage interdite de se cultiver à la bonne travailleuse en passant par le seul rôle autorisé aux femmes blanches à l’époque du roman : être jolie, fertile ne pas faire de vague et faire un bon mariage. Autant de barrières que les 2 protagonistes de l’histoire essayent de faire sauter en faisant preuve d’un courage sans précédent, quitte à tout perdre.

Preuve que la liberté est la chose la plus importante pour laquelle on ait envie de se battre.

Ma note : 4/5

Maya Angelou – Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage

Résumé :

Dans ce récit, considéré aujourd’hui comme un classique de la littérature américaine, Maya Angelou relate son parcours hors du commun, ses débuts d’écrivain et de militante dans l’Amérique des années 1960 marquée par le racisme, ses combats, ses amours. Son témoignage, dénué de la moindre complaisance, révèle une personnalité exemplaire. A la lire, on mesure – mieux encore – le chemin parcouru par la société américaine en moins d’un demi-siècle.

Ce que j’en ai pensé :

Mon 1er Maya Angelou ! Ici aussi, j’ai choisi le livre pour son auteur, une fervente militante pour les droits civiques de la communauté noire et proche de Martin Luther King. Au travers de sa vie, on peut même dire qu’elle était féministe puisqu’elle a toujours suivi sa voie et ses envies.

Dans ce roman autobiographique qui l’a fait connaître en tant qu’auteur, elle raconte les premières années de sa vie, son enfance passée chez sa grand-mère, le retour de ses parents, son adolescence jusqu’au moment où elle-même devient mère. Tout au long de l’histoire, on y découvre une petite fille au caractère bien trempé qui derrière sa timidité et son manque de confiance en elle, tient tête à ceux qui ont décidé qu’elle méritait moins que les autres. De drames en recherche d’amour, d’espiègleries d’enfant à la prise de conscience qu’être noire est un lourd fardeau à porter, Maya nous emmène dans sa vie tourmentée dans laquelle elle arrive quand même à s’instruire plus que de raison et à s’affranchir de toutes les étiquettes qu’on essaye de lui coller (la première étant qu’elle n’est pas jolie et qu’elle n’a donc pas de valeur).

La part belle est faite aux femmes dans ce livre, tant elles sont débrouillardes et affranchies. La mère de Maya est un personnage particulièrement intéressant par rapport à cette époque, symbole de l’indépendance féminine, de celle qui ne s’embarrasse pas d’un mari qui ne lui convient plus, qui vit une vie d’artiste et qui assume complètement sa féminité (et qui laisse ses enfants aux grands-parents pour vivre sa vie…)

J’ai beaucoup aimé découvrir la vie de Maya Angelou qui a fait partie intégrante de l’histoire de la communauté noire, malgré ses origines et les stigmates qu’elle a dû porter.

A travers cette lecture, j’ai pu entrevoir un message qui est de faire front même si les circonstances semblent être contre nous (et de s’instruire, toujours).

Ma note : 5/5

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Toni Morrison – Beloved

Résumé :

” Le 124 était habité de malveillance. Imprégné de la malédiction d’un bébé… ” A Bluestone Road, près de Cincinnati, vers 1870, les meubles volent, la lumière allume au sol des flasques de sang, des gâteaux sortent du four marqués de l’empreinte d’une petite main de bébé. Dix-huit ans après son acte de violence et d’amour maternel, Sethe l’ancienne esclave et les siens sont encore hantés par la petite fille de deux ans qu’elle a égorgé. Jusqu’au jour où une inconnue, Beloved, arrivée mystérieusement au 124, donne enfin à cette mère hors-la-loi la possibilité d’exorciser son passé. Parce que pour ceux qui ont tout perdu, la rédemption ne vient pas du souvenir, mais de l’oubli. Ce roman aux résonances de tragédie grecque, au style d’une flamboyante beauté lyrique, a reçu en 1988 le prix Pulitzer, et a figuré pendant des mois en tête des listes de best-sellers en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

Ce que j’en ai pensé :

J’ai lu ce roman pour participer à la 2nde sélection du Club De Lecture Féministe des Antigones. Toni Morrison fait partie des auteures féministes qui ressortent dans pas mal de discussions et de sélection de lecture, je me le suis donc procuré d’occasion pour m’occuper pendant les temps morts de mon séjour Berlinois.

Ce roman a obtenu le prix Pullitzer en 1988 mais bizarrement, il n’a pas déclenché chez moi un réel plaisir de lecture. L’écriture de Toni Morrison est très particulière, loin des romans que je peux lire d’habitude. Le phrasé est très poétique et, je trouve, souvent difficile à suivre car l’action est très imagée et le fil assez décousu. Ce fut une lecture surprenante : à la fois rapide car j’avais hâte de le terminer pour m’en débarrasser, mais agréable car différente, et surtout rythmée par ma curiosité de connaître l’histoire dans son entièreté.

Ce livre symbolise de façon lyrique tout le poids des sacrifices de l’esclavage ainsi que la peur qui ravage le cœur de ceux qui l’ont vécu et qui sont prêts à commettre l’irréparable pour ne plus connaître de nouveau la violence et le mépris des hommes blancs. L’histoire souligne aussi la force d’une femme noire à faire face à ses démons mais aussi à ses devoirs, ainsi qu’à sa capacité de sacrifice, pour un homme, pour un enfant ou pour faire revivre un fantôme. On y retrouve aussi tous les symboles culturels d’une communauté qui ne fait confiance qu’à elle-même et on entre dans les croyances, rites et valeurs qui la rythment.

C’est le roman de cette sélection que j’ai le moins aimé mais il a eu le mérite de m’emmener là où je n’ai pas l’habitude d’aller.

Ma note : 2,5/5

Maya Angelou – Tant que je serai noire

Résumé :

Figure emblématique de l’histoire des États-Unis, Maya Angelou s’est engagée corps et âme dans le xxe siècle américain. Tant que je serai noire débute en 1957 lorsque, décidée à devenir écrivain, elle part avec son fils, Guy, pour rejoindre Harlem, épicentre de l’activité intellectuelle des Noirs américains. Elle participe aux bouleversements de l’époque et rencontre des artistes comme Billie Holiday et James Baldwin, et les leaders du mouvement des droits civiques, Malcolm X et Martin Luther King. Enfin, conquise par Vusumzi Make, qui se bat pour la liberté des Noirs d’Afrique du Sud, elle part vivre en Afrique, théâtre des luttes anticolonialistes, où elle devient journaliste. Ce récit autobiographique dessine le portrait d’une femme exceptionnelle qui a intégré, jusqu’au coeur de sa vie intime, une véritable révolution mondiale, culturelle et politique.

Ce que j’en ai pensé :

Et celui-ci fut mon 2nd ouvrage de Maya Angelou, que j’ai cette fois beaucoup moins aimé. Je crois que j’attendais beaucoup (trop) de ce roman : je voulais comprendre l’histoire de la communauté noire et des défenseurs de leurs droits mais le récit est très concentré sur les péripéties de Maya et ça m’a moins intéressé que prévu.

On y découvre une femme pour qui le rôle de mère a une importance cruciale et qui culpabilise à chaque moment de flottement qui pourrait déstabiliser son fils. Une femme qui gère sa vie professionnelle avec un certain lâcher-prise, surfant sur les opportunités, parfois chanteuse, metteur en scène, secrétaire ou journaliste. Une belle leçon pour tous les artistes dans l’âme qui sont toujours dans la crainte de devoir lâcher leur art pour mettre de quoi manger sur la table. Maya est parfois pauvre, parfois elle gagne un peu plus d’argent, parfois elle fait du bénévolat sans savoir comment elle va payer son loyer. Je le prends comme un bel exemple, moi qui suis prise régulièrement de doutes sur mes projets artistiques et professionnels.

J’ai, par contre, eu beaucoup de mal à accepter la façon dont elle laisse les hommes de sa vie la traiter, même si elle reste une femme émancipée, qui travaille et qui, au final, ne se laisse pas dicter par le bon vouloir des hommes. Elle est, à un moment de sa vie, cantonnée au rôle de femme au foyer par un homme assez puissant qui estime que c’est mal vu pour elle (pour lui ?) qu’elle travaille et qu’il est mesure de subvenir à tous ses besoins (l’histoire prouvera qu’il est surtout champion pour avoir des goûts de luxe et laisser des ardoises dans tous les coins).

Le récit m’a parfois mise en colère, “mais Maya pourquoi tu ne lui dis pas d’aller de faire voir ?” et puis je me suis rappelé qu’on était alors à une autre époque et que le fait qu’elle ait eu plusieurs amants/maris dans sa vie, qu’elle continue à travailler sans attendre la permission de personne et qu’elle assume son rôle d’artiste et de militante, c’était déjà beaucoup. Mais on sent quand même régulièrement le patriarcat et le machisme lui mettre des bâtons dans les roues (soupir).

Et donc, même s’il n’arrive pas, pour moi, à la hauteur de “Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage”, j’ai quand même assimilé les messages retranscrits dans cet autre roman autobiographique et j’ai hâte de replonger dans une autre œuvre de Maya Angelou (qui se lit très facilement, qui plus est).

Ma note : 3/5

Romans-racisme-féminisme-Mille Petits Riens

Jodi Picoult – Mille petits riens

Résumé :

Ruth Jefferson est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une employée modèle. Une collègue accommodante. C’est aussi la seule afro-américaine de son service. Le jour où un couple de suprémacistes blancs demande à ce qu’on lui interdise tout contact avec leur bébé, Ruth est choquée de voir sa hiérarchie accéder à leur requête. Quand le nourrisson décède quelques jours plus tard, c’est elle qui est pointée du doigt. Accusée de meurtre, Ruth va devoir répondre de ses actes devant la justice. Mais sa couleur de peau ne la condamne-t-elle pas d’avance ?

Ce que j’en ai pensé :

Ce roman de 2018 plonge directement dans l’injustice raciale qui a encore cours à notre époque, époque où l’on peut encore entendre crier haut et fort que “non, le racisme n’existe plus”. J’ai adoré cette histoire que j’ai lu quasiment d’une traite (et pourtant c’est un pavé). Ici, on est nous-même remis en question dans notre propre racisme à travers l’avocate qui défend Ruth pour le crime qu’elle n’a pas commis, et qui se rend compte qu’elle a elle-même des préjugés racistes alors qu’elle se pense égalitaire en tout point de vue. Je pense que chaque personne blanche devrait lire ce roman et prendre conscience que nous restons entourés de privilèges par rapport aux personnes de couleur ou d’apparence différente, et que ces privilèges nous rendent aveugles aux revendications ethniques (ça peut aussi se transposer aux revendications sexuelles ou culturelles d’ailleurs, dans d’autres situations).

J’ai trouvé fascinant de se mettre dans la peau de chaque personnage, notamment celle d’un suprémaciste blanc, et je remercie Jodi Picoult d’avoir su retranscrire avec fluidité toutes les informations qu’elle a pu glaner pour écrire son roman et lui donner une vraie tenue, comme si c’était la retranscription exacte mais romancée d’un fait-divers actuel. Cette violente haine de l’autre, cette incompréhension et ce refus de co-exister dans le même monde est tellement impensable et pourtant, en comprenant les mécanismes de la haine, on peut presque éprouver de l’empathie pour un individu qui a été élevé à déverser sa colère en faisant du mal à ceux qui sont différents de lui. Même si je ne peux évidemment pas cautionner de tels actes, je pense qu’il est nécessaire de comprendre en quoi la suprématie blanche est surtout une affaire d’ignorance et de manque d’éducation.

Encore une fois, l’intrigue est portée par des femmes et ce choix n’est, je pense, pas anodin, puisqu’il appuie une autre forme d’inégalité (notamment sur la position de l’avocate qui doit jouer des coudes pour défendre sa cliente, ce que n’aurait sûrement pas fait un confrère homme).

Ce roman m’a permis de me rendre compte que je ne pouvais pas me mettre à la place de mes amis racisés, ni endosser ce qu’ils éprouvent face au racisme mais que je pouvais les soutenir de mon mieux. Qu’on peut être raciste sans penser l’être, qu’il faut beaucoup de courage pour l’admettre mais que c’est un mal nécessaire pour pouvoir faire avancer les choses.

Ma note : 5/5

J’espère que cette sélection vous aura donné envie de vous penchez sur le sujet de la ségrégation raciale, du racisme ainsi que de l’esclavagisme. Loin d’être des sujets anodins, les appréhender via des romans est une façon abordable par tous de se remettre en question et d’en apprendre plus sur le sujet.

Et vous, quelle(s) lecture(s) concernant le racisme vous a marqué ?

Couverture Pinterest 5 romans racisme féminisme

  • Répondre
    De la nécessité de s'éduquer
    11/06/2020 at 06:39

    […] article que j’ai remis en ligne et qui parle de 5 romans qui traitent du racisme et du féminisme : une bonne base pour commencer à s’initier sur le sujet (tu peux déjà miser sur tous les Maya […]

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